Un regard plus spirituel
14 Juillet 2014
La nuit finie et le jour si ardemment attendu se levant, je sautai vivement à bas du lit, plus avide d’apprendre ce qui allait bien pouvoir se passer que de me demander si j’avais suffisamment dormi.
Après m’être habillé et avoir descendu l’escalier comme d’habitude, je constatai que j’étais en avance et ne trouvai personne dans la salle.
Alors je priai mon page de me faire faire un tour dans le château et de me montrer quelques chose de particulier.
Obligeant comme toujours, il me fit descendre quelques marches sous terre jusque à une vaste porte de fer, sur laquelle étaient inscrits les mots suivants, en grandes lettres de cuivre :
J’ai recopié ces caractères sur mon carnet de notes.
Ayant ouvert cette Porte, mon page me conduisit par la main le long d’un couloir très obscur jusqu’à une petite porte restée entrouverte.
Elle n’avait pas été refermée la veille après la sortie des cercueils, me dit-il.
Dès mon entrée, j’aperçus la chose la plus exquise que la nature eût jamais créée.
En effet la crypte avait pour seules sources de lumière quelques escarboucles d’une singulière grosseur.
Ce trésor appartenait au Roi comme je l’appris.
Ce que je vis là de plus important et de plus beau était, au milieu, un tombeau si précieux que je m’étonnai de ne pas le voir mieux gardé.
Le page répondit que j’avais tout lieu de remercier les astres, dont l’influence me permettait de contempler à présent des choses qu’aucun œil humain n’avait encore jamais vues, excepté les serviteurs du Roi.
Le tombeau avait la forme d’un triangle ; au centre, on voyait une vasque de cuivre poli, le reste était d’or pur et de pierres précieuses.
De cette vasque, sortait un ange tenant dans ses bras un arbre inconnu.
Des gouttes tombaient sans arrêt de l’arbre dans la vasque ; chaque fois qu’un fruit se détachait, il se transformait en eau qui coulait dans trois vasques d’or attenantes.
Cet autel était porté par trois animaux : un aigle, un bœuf et un lion se tenant sur un socle extrêmement précieux.
Je demandai à mon page le sens de l’inscription.
Il répondit : Ci-gît Vénus, la belle dame, qui fit perdre à tant de grands hommes bonheur, honneur salut et prospérité.
Alors il me montra sur le sol une trappe de cuivre en disant : « Par ici, il est possible de descendre plus bas si vous le voulez. »
« Je vous accompagnerai partout, » répondis-je et je descendis les marches.
Il faisait complètement noir, mais le page ouvrit aussitôt une petite armoire dans laquelle brûlait une lampe perpétuelle.
Il y alluma une des nombreuses torches rangées à côté.
Je sursautai, fort inquiet, et lui demandai s’il en avait le droit.
Il me répondit : « Les personnes royales reposent encore, je n’ai rien à craindre. »
A ce moment, j’aperçus un lit d’apparat entouré de rideaux magnifiques, que mon page entrouvrit.
Et je vis Dame Vénus, couchée entièrement nue (il avait soulevé aussi la couverture), si belle et si gracieuse que j’en restai cloué sur place ;
je ne sais toujours pas si c’était juste une statue ou un corps sans vie qui gisait là ; en effet elle était complètement immobile et je n’osai pas la toucher.
Puis la couverture fut remise et les rideaux tirés.
Néanmoins, c’est comme si je la voyais toujours.
A suivre.