Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Regards et Partage...

Un regard plus spirituel

Publicité

Le Septième Jour, suite 3

Le Septième Jour, suite 3

Après quoi il fit lire au jeune homme les articles suivants :

  1. Vous, Seigneurs Chevaliers, jurez que vous ne reconnaîtrez comme fondement de votre Ordre aucun démon ou esprit mais toujours Dieu seul, votre Créateur, et sa Servante, la Nature.
  2. Que vous aurez en horreur toute idolâtrie, impudicité et impureté et ne souillerez jamais votre Ordre de vices pareils.
  3. Que vous ne viendrez en aide avec vos Dons qu’à ceux qui en sont dignes et en ont besoin.
  4. Que vous n’emploierez pas cet honneur pour acquérir gloire et célébrité en ce monde.
  5. Que vous ne voudrez pas vivre plus longtemps que Dieu ne le veut.

Nous rîmes éperdument de ce dernier article et il se peut qu’il n’eût été ajouté que par plaisanterie.

Quoi qu’il en fût, nous dûmes prêter serment sur le Sceptre du Roi.

Alors nous fûmes sacrés Chevaliers avec la solennité d’usage et, entre autres privilèges, l’on nous donna pouvoir sur l’Ignorance, la Pauvreté et la Maladie afin d’en disposer comme bon nous semblerait.

Cela fut confirmé ensuite dans une petite chapelle, où l’on nous conduisit tous ensemble en cortège, et où l’on rendit grâce à Dieu.

J’y suspendis alors, en hommage à Dieu, ma toison d’or et mon chapeau, que je laissai là en souvenir éternel.

Et comme chacun était tenu d’inscrire son nom, je traçai les mots suivants :

Summa scientia nihil scire.

Fr Christianus Rosencreutz,

Eques aurei Lapidis,

Anno 1459 *

D’autres écrivirent des paroles différentes et chacun ce qu’il jugea bon.

Ensuite nous fûmes reconduits dans la salle où il fallut prendre place tandis que l’on nous recommandait de réfléchir au plus vite au vœu que nous voulions former.

Le Roi s’était rendu avec les Siens dans le cabinet particulier pour nous y entendre. Chacun fut appelé à son tour, si bien que je ne peux rien dire des vœux de mes compagnons.

Alors je pensai que, pour l’amour de mon Ordre, rien ne serait plus courtois que de faire preuve d’une vertu digne d’éloges.

Il me sembla aussi que rien n’était si méritoire, et pour moi plus difficile, que la reconnaissance.

C’est pourquoi, bien que j’eusse préféré autre chose, je triomphai de moi-même et résolus, malgré le risque encouru, de délivrer le gardien du portail, mon bienfaiteur.

Dès que je fus appelé, l’on me demanda si, moi qui avais lu la requête, je n’avais rien remarqué ou soupçonné concernant le coupable.

Alors, sans me troubler, je commençai à raconter tout ce qui s’était passé et comment, par ignorance, j’étais parvenu jusqu’à la couche de Vénus ; et j’offris à tous de supporter les conséquences de mon acte.

Le Roi et les autres Seigneurs s’étonnèrent beaucoup d’un aveu aussi inattendu et me prièrent de me retirer un court instant.

On me rappela et Atlas m’expliqua que, malgré la peine de Sa Majesté Royale du malheur qui arrivait à son hôte préféré, il ne lui était pas possible de déroger à l’ancienne coutume ; que je ne pouvais effacer ma dette autrement qu’en libérant le portier et en prenant sa place.

Il espérait qu’un autre ferait bientôt un acte répréhensible afin que je pusse retourner à la maison.

Cependant je ne pouvais pas compter être délivré avant la célébration des Noces de Son futur Fils.

*Le plus grand savoir est savoir que nous ne savons rien. Frère Christian Rose-Croix, Chevalier de la Pierre d’Or, en l’année 1459.

Je faillis mourir en entendant ce verdict et commençai par me maudire moi-même et ma langue bavarde de n’avoir pas su me taire.

Enfin je repris courage et, songeant que c’était comme cela que tout devait se passer, je racontai comment ce portier m’avait donné un insigne et recommandé à l’autre gardien. Grâce à son aide j’avais triomphé de l’épreuve de la balance et fini par avoir part à tout l’honneur et à toute la joie reçus.

Aussi, était-ce dès lors mon devoir de montrer de la reconnaissance à mon bienfaiteur et comme je ne pouvais pas faire autrement, je remerciai du verdict et acceptai volontiers de me contraindre en faveur de qui m’avait permis d’atteindre une si haute dignité.

Toutefois si je pouvais en faire le vœu, je souhaitais retourner chez moi, de la sorte cet homme serait délivré par moi et moi par mon vœu.

L’on me répondit que mon vœu n’avait pas une telle portée sinon j’aurais pu aussi le libérer rien que par ce vœu.

Sa Majesté Royale était très satisfaite de voir que je m’accommodais si bien de la circonstance, tout en craignant que je ne me rendisse pas compte de la misérable situation où m’avait mis ma curiosité.

Après quoi cet homme de bien fut déclaré libre et je dus m’éloigner le cœur gros. Puis les autres furent appelés ; ils ressortaient tous très gais, ce qui me rendit encore plus triste, car je pensais vraiment devoir rester au portail jusqu’à ma mort.

Je me torturais l’esprit pour savoir que faire et comment passer le temps.

Pour finir, je réfléchis que j’étais déjà vieux et que logiquement il ne me restait que peu d’années à vivre.

Ce chagrin et une vie si triste me feraient rapidement descendre dans la tombe et mettraient ainsi fin à ma charge de portier ;

je pouvais aussi me mener moi-même rapidement au cimetière en dormant béatement. Des pensées de ce genre me venaient à profusion.

Tantôt je m’attristais d’avoir contemplé des choses si admirables et d’en être désormais privé ;

tantôt je me réjouissais d’avoir néanmoins été appelé avant ma mort à tant de joie et dispensé d’un départ infamant.

Voilà donc le dernier coup, et le pire, qu’il me fallait subir.

Tandis que j’étais plongé dans ces pensées, les autres s’étaient apprêtés et, après avoir souhaité bonne nuit au Roi et aux Seigneurs, furent conduits dans leurs appartements.

Quant à moi, pauvre misérable, il n’y avait personne pour me montrer le chemin et je dus en outre subir encore des moqueries ;

et pour prendre avant tout conscience de ma future tâche, il me fallut passer à mon doigt l’anneau porté par mon prédécesseur.

Enfin le Roi m’avertit que je le voyais maintenant pour la dernière fois sous cette forme, et que je devais me conduire conformément à ma mission et non contre mon Ordre.

Sur quoi, Il me prit dans Ses bras et m’embrassa, d’où je conclus que je me retrouverais le lendemain matin à mon portail.

Tous m’ayant alors parlé un moment avec amitié puis tendu la main et recommandé à la Garde de Dieu, je fus conduit par les deux Vieillards, le Vieil Homme et Atlas, dans une chambre magnifique où se trouvaient trois lits sur lesquels nous nous couchâmes.

Là nous passâmes encore presque deux … (Ici manquent deux feuilles in quarto. Et alors qu’il croyait devoir être gardien du portail, le lendemain matin, il, l’auteur de cet écrit, est retourné dans sa patrie.)

FIN

A suivre : le Septième Jour de la Création.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article