Les nymphes se rangèrent aussitôt en cercle autour des navires et se mirent à chanter d’une voix mélodieuse :
I
L’amour est ce qu’il y a de plus beau sur terre,
Rien n’est plus noble, plus élevé,
Afin que nous devenions semblables à Dieu,
Et que la souffrance ne nous touche plus.
Par notre chant honorons le Roi,
Que la mer tout entière soit en joie.
Nous demandons, vous répondez !
II
Qui, un jour, nous donna la Vie ?
L’Amour.
Qui nous rendit la Grâce ?
L’Amour.
D’où sommes-nous issus ?
De l’Amour
Comment nous sommes-nous perdus ?
Par manque d’Amour.
III
Qui nous a engendrés ?
L’Amour.
Qui a pris soin de nous, veillé sur nous ?
L’Amour.
Que devons-nous à nos parents ?
L’Amour.
Qui les rend toujours si patients ?
L’Amour.
IV
Qui nous fait vaincre ?
L’Amour.
Comment trouver aussi l’Amour ?
Par l’Amour.
Où faire briller les œuvres bonnes ?
Dans l’Amour.
Qui peut faire l’union de deux ?
L’Amour.
V
C’est pourquoi, chantons tous,
Que retentissent :
Hommage et louanges à l’Amour,
Qu’il puisse croître,
En notre Roi, en notre Reine ;
Leur corps est ici, leur Ame est au loin.
VI
Et si nous vivons,
Dieu nous donnera
De leur transmettre l’Amour, avec une grande Force,
Pour qu’ils acquièrent une haute Puissance,
Afin que, par ce Feu d’Amour,
Ensemble ils se fondent durant l’Heure Sacrée.
VII
Alors cette souffrance, avec grande joie
Transmise à beaucoup de jeunes,
Se transformera en Eternité Divine.
Quand elles eurent fini ce chant, au thème et à la mélodie magnifiques, je ne m’étonnai plus qu’Ulysse eût fait boucher les oreilles à ses compagnons et me trouvai le plus malheureux des hommes de n’avoir pas été formé par la nature comme créature si ravissante.
Cependant la Jeune Fille faisait des adieux hâtifs et donnait l’ordre de se remettre en route.
Sur quoi les nymphes, ayant reçu pour récompense une longue banderole rouge, repartirent en se dispersant dans la mer.
Cette fois je remarquai que Cupidon commençait à agir aussi en moi, ce qui ne me faisait pas honneur.
Mais comme ma légèreté ne serait d’aucun profit pour le lecteur, j’en resterai là.
C’était la blessure reçue à la tête dans mon rêve du Premier Jour.
Donc que chacun prenne à cœur mon avertissement :
ne vous attardez pas auprès du lit de Vénus, Cupidon ne saurait le tolérer.
A suivre : les commentaires de Jan van Rijckenborgh