Un regard plus spirituel
14 Juillet 2014
Alors qu’il parlait et qu’il allait peut-être me faire d’autres révélations, entra en volant le petit Cupidon, qui parut fâché de notre présence .
Mais nous voyant plus morts que vifs, il finit par rire et me demanda quel esprit m’avait mené jusqu’ici.
Je répondis en tremblant que, perdu dans le Château, j’étais arrivé ici par hasard, que le page après m’avoir cherché partout m’avait enfin trouvé là, que j’espérais qu’il ne m'en voudrait pas.
« C’est bon, vieillard curieux, » dit Cupidon, « tu m’aurais joué un vilain tour si tu avais découvert cette porte.
Il vaut donc mieux que je la ferme. »
Sur quoi, il mit un gros cadenas à la porte de cuivre par laquelle nous étions descendus tout à l’heure.
Je remerciai Dieu de ce que Cupidon ne nous eût pas trouvés plus tôt ; mon page était encore plus content de mon aide pour le sortir de cette situation difficile.
« Mais, » reprit Cupidon, « il s’en est fallu de peu que vous ayez surpris ma Mère bien-aimée, je ne puis laisser cet acte impuni. »
A ces mots, il approcha d’une petite lampe la pointe d’une de ses flèches pour la faire un peu chauffer et m’en piqua la main.
Sur le moment je n’y fis guère attention parce que nous nous en tirions à bon compte et sans autre danger.
Entre-temps, mes compagnons s’étaient levés et rassemblés dans la salle ; je me joignis à eux, faisant celui qui venait de se lever.
Cupidon, ayant tout verrouillé avec soin, vint aussi avec nous et je dus lui montrer ma main.
Il y restait une goutte de sang, ce qui le fit rire de tout cœur ; en même temps il prévint les autres de me surveiller car ce serait bientôt mon anniversaire.
Nous étions tous très étonnés que Cupidon pût être si gai et sans souci après les tristes événements de la veille.
En effet il ne montrait pas ombre de tristesse.
Pendant ce temps notre présidente s’était préparée pour le départ.
Elle était tout habillée de velours noir mais tenait toujours sa branche de laurier ; ses jeunes filles en tenaient elles aussi.
Quand tout fut prêt, elle nous invita à boire pour nous préparer ensuite à la marche nuptiale.
Nous ne nous attardâmes pas et la suivîmes de la salle à la Cour.
Il y avait là six cercueils ; mes compagnons s’imaginaient qu’ils contenaient les six personnes royales.
Je perçai la supercherie mais ignorais ce qui allait arriver aux autres.
Près de chaque cercueil se tenaient huit hommes masqués.
Dès que la musique commença (elle était si triste, si mélancolique que je me sentis mal), les hommes soulevèrent les cercueils et nous dûmes les suivre dans l’ordre prescrit jusqu’au jardin que nous connaissions, au milieu duquel était érigée une construction de bois ornée d’une magnifique corniche autour du toit reposant sur sept piliers.
A l’intérieur, il y avait six tombeaux ouverts et une pierre à côté de chacun d’eux, tandis qu’au centre se dressait encore une pierre ronde et creuse.
Les cercueils furent descendus dans ces tombeaux en silence et, avec beaucoup de cérémonies, l’on fit glisser les pierres par-dessus et tout fut fermé soigneusement.
Le petit coffret devait être déposé au centre.
Ainsi mes compagnons furent trompés car ils ne pouvaient imaginer que les cadavres ne se trouvaient pas à l’intérieur des cercueils.
Au-dessus flottait un grand étendard sur lequel était peint un Phénix, pour nous tromper encore un peu plus sans doute.
Comme j’étais reconnaissant à Dieu d’en avoir vu plus que les autres !
Les funérailles terminées, la Jeune Fille prit place sur la pierre du milieu et fit un bref discours où elle nous demandait instamment de rester fidèles à notre promesse, de ne pas avoir peur des difficultés qui nous attendaient mais d’aider à renaître les personnes royales enterrées présentement et, dans ce but, de monter sans délai à la Tour de l’Olympe pour y chercher le remède nécessaire.
Nous acquiesçâmes aussitôt et la suivîmes par une autre porte jusqu’au rivage, où les sept vaisseaux dont il a été question attendaient, tous vides.
Les jeunes filles y suspendirent leurs branches de laurier et, après que nous fûmes montés dans six de ces bateaux, elles nous laissèrent partir, au nom de Dieu, sans nous quitter du regard jusqu’au moment où elles nous perdirent de vue.
Puis elles s’en retournèrent au Château accompagnées de tous les gardes.
A suivre, les commentaires de Jan van Rijckenborgh.