Un regard plus spirituel
14 Juillet 2014
A ce moment, nous étions pleins de bonheur et sortîmes avec nos jeunes filles.
Nos musiciens étaient là de nouveau, ils nous conduisirent jusqu’en bas de l’escalier en spirale ; ensuite, la porte fut soigneusement fermée et verrouillée.
A notre retour dans la salle, l’une des jeunes filles dit : « Cela m’étonne, sœur, que vous ayez osé vous mêler à tant de personnes. »
Notre Présidente répondit en me désignant : « Sœur, je ne crains personne plus que celui-ci. » Ces mots me frappèrent au cœur, je comprenais qu’elle se moquait de mon âge, j’étais en fait le plus âgé de tous.
Elle me consola néanmoins encore une fois en me promettant de me délivrer de ce fardeau si je restais en bons termes avec elle.
Là-dessus on servit le repas ; chacun y fut placé à côté de sa jeune fille.
Toutes savaient écourter le temps en devisant aimablement.
Il ne m’est pas permis de trahir les sujets de ces conversations ni nos plaisanteries.
La plupart, cependant, avaient trait aux Arts.
J’eus grandement l’occasion de remarquer que jeunes et vieux y étaient fort savants.
Je ne cessais de me demander comment retrouver la jeunesse, ce point m’attristait un peu.
La Présidente s’en aperçut et dit alors : « Je vois ce qui manque à ce jeune homme. Je parie que si je dormais cette nuit à ses côtés, il serait bien plus gai demain. »
Sur quoi les autres se mirent à rire et, bien que rouge jusqu’aux oreilles, je ne pus m’empêcher de rire aussi de ma situation.
L’un voulut me venger de l’outrage que j’avais subi de sa part et dit : « J’espère que les autres jeunes filles aussi, et pas seulement nous, témoigneront en faveur de notre frère que notre Présidente a promis de dormir avec lui la nuit prochaine. »
« Je le ferais volontiers, » répondit-elle, « si je n’avais pas peur de mécontenter mes sœurs en choisissant, sans les prévenir, le plus beau et le meilleur ! »
« Chère sœur, » dit aussitôt une autre, « nous remarquons toutes que votre haute fonction ne vous a pas rendue orgueilleuse.
Si vous voulez bien nous permettre de tirer au sort les Seigneurs ici présents pour être nos compagnons de sommeil, nous vous accorderons bien volontiers ce privilège. »
Nous considérâmes ceci comme une plaisanterie et reprîmes les conversations. Cependant notre Présidente ne put s’empêcher de nous taquiner et dit de nouveau :
« Mes Seigneurs, que penseriez-vous de laisser au sort le soin de décider lesquels dormiront ensemble aujourd’hui ? »
« Eh bien, » dis-je, « si on ne peut faire autrement, nous ne déclinerons pas cette proposition. »
Lorsqu’on eut décidé de mettre la chose à exécution après le repas, personne ne voulut s’attarder à table ; nous nous levâmes donc tous et chacun se mit à marcher de long en large avec sa jeune fille attitrée. « Non, » dit la Présidente, » ce n’est pas encore ainsi que cela doit se passer. Voyons ce que le sort décidera. »
Là-dessus on nous sépara.
Une discussion s’éleva sur la façon de procéder.
Ce n’était qu’apparence car bientôt notre Présidente proposa de nous disposer les uns et les autres en cercle.
Alors elle nous compterait en commençant par elle-même et la septième personne devrait chaque fois accepter indifféremment la septième personne suivante, que ce fût une jeune fille ou un seigneur.
Nous ne nous attendions pas à une ruse, c’est pourquoi tout se passa ainsi.
Nous croyions nous être bien mêlés les uns aux autres, mais il apparut que les jeunes filles s’étaient disposées parmi nous connaissant leur place d’avance.
Notre Présidente commença à compter : la septième personne se trouva être une jeune fille, la septième personne suivante de nouveau une jeune fille, la suivante aussi pour la troisième fois, et ainsi de suite jusqu’à ce que, à notre grand étonnement, toutes les jeunes filles fussent sorties du jeu sans qu’aucun d’entre nous eût été désigné.
Nous nous retrouvions donc tous seuls, pauvres misérables, obligés de supporter force moqueries et de reconnaître que nous nous étions bien laissés prendre.
Pourtant, qui nous aurait vus rangés de la sorte, se serait plutôt attendu à voir le ciel tomber que notre tour ne jamais venir !
Ainsi finit la plaisanterie et nous dûmes accepter de bon gré l’espièglerie des jeunes filles.
A ce moment, le turbulent petit Cupidon s’approcha de nous.
Mais comme il venait de la part de Leurs Majestés Royales pour nous offrir une gorgée à boire dans une coupe d’or, qu’il devait en même temps inviter notre Présidente à se présenter devant le Roi et que de plus il nous expliqua qu’il ne pouvait rester longtemps avec nous, il n’eut guère le temps de se livrer à ses manifestations d’amour folâtres. Nous le laissâmes donc à nouveau s’envoler en le remerciant avec déférence et humilité.
Entre temps, l’allégresse saisit les jambes de mes compagnons, les jeunes filles virent cela sans déplaisir, tous se mirent bientôt à danser, ce que je préférai regarder que faire moi-même. En effet leurs pieds ailés se mouvaient habilement, comme s’ils savaient faire cela depuis fort longtemps.
Après quelques danses, notre Présidente revint et nous apprit que les artistes et aspirants avaient proposé à leurs Majestés Royales de présenter une comédie en leur honneur et pour leur divertissement avant leur départ.
Que nous y assistions, nous aussi, et voulions bien accompagner Sa Majesté Royale à la Maison du Soleil Lui plairait fort, comme Il l’expliqua gracieusement.
Alors nous fîmes humblement transmettre nos remerciements de l’honneur qui nous était fait et offrîmes avec déférence nos modestes services, non seulement à cette occasion mais en bien d’autres, ce que notre Jeune Fille Lui rapporta.
A suivre : les commentaires de JAN VAN RIJCKENBORGH