Un regard plus spirituel
29 Janvier 2015
Ecoute,
Je te chanterai le chant de mon Bien-Aimé !
Là où les pentes vertes des paisibles montagnes
Rejoignent les eaux miroitantes de la mer agitée,
Là où le ruisseau chante et bondit d'allégresse,
là où le calme étang reflète les cieux tranquilles,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
Dans la vallée où passe le nuage solitaire
Cherchant la montagne pour s'y reposer :
Dans la fumée paisible qui monte vers le ciel,
Dans le hameau qui se profile sur le couchant,
Dans l'enroulement léger des nuées qui se dissipent,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
Parmi les cimes mouvantes des hauts-cyprès,
Parmi les branches noueuses des très vieux arbres,
Parmi les buissons craintifs cramponnés à la terre,
Parmi les longues lianes qui pendent paresseuses,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
Dans les chemin ombragé
Qui longe le fleuve plein aux eaux tranquilles,
le long des rives où le flot clapote,
Parmi les peupliers jouant avec les vents,
Dans l'arbre foudroyé du dernier été,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
Dans le paisible ciel bleu,
Dans la profondeur de l'air immobile
Où le ciel et la terre se rencontrent,
Dans les lourds parfums de l'encens matinal,
Sous les riches ombrages du plein midi,
Sous les ombres allongées du soir
Parmi les nuages vifs et brillants du couchant,
Sur le parcours des eaux à la tombée de la nuit,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
A l'ombre des étoiles,
Dans le calme profond des nuits obscures,
Dans le reflet de la lune sur l'eau tranquille,
Dans le grand silence qui précède l'aurore,
Dans le chuchotement des arbres qui s'éveillent,
Dans le chant de l'oiseau matinal,
Parmi les ombres naissantes,
Parmi les sommets lumineux des montagnes lointaines,
Sur la face endormie du monde,
Tu rencontreras mon Bien-Aimé.
Arrêtez-vous, flots qui dansez !
Ecoutez la voix de mon Bien-Aimé.
Dans le rire heureux des enfants
Tu peux L'entendre
La musique de la flûte
Est Sa voix.
Le cri d'effroi d'un oiseau solitaire
Emeut ton coeur aux larmes,
Car c'est Sa Voix que tu entends.
L'éternel grondement des mers
Eveille en toi des souvenirs
Que Sa voix avait apaisés.
La brise qui berce paresseusement
La cime des arbres t'apporte le son de Sa voix.
Le tonnerre qui roule dans la montagne
Emplit ton coeur
De la puissance
De Sa voix.
Dans la clameur des grandes cités,
La plainte trépidante des voitures rapides,
Les pulsations d'une machine au loin,
Dans les voix de la nuit,
Les cris de souffrance,
Les exclamations de joie,
Dans la laideur de la colère,
Résonne la voix de mon Bien-Aimé.
Dans les lointaines îles bleues,
Sur la goutte de rosée,
Sur les vagues qui déferlent,
Sur le reflet des eaux,
Sur l'aile de l'oiseau qui vole,
Sur la tendre feuille qui naît au printemps,
Tu verras la face de mon Bien-Aimé.
Dans le temple sacré,
Dans les salles où l'on danse,
Sur le saint visage du Sannyasi,
Dans la marche titubante de l'ivrogne,
Chez les prostituées aussi bien que les chastes,
Tu rencontreras mon Bien-Aimée.
Dans les prés en fleurs,
Dans l'ordure et la saleté des villes,
Dans le pur et dans l'immonde,
Dans la fleur où le divin se cache,
Là est mon Bien-Aimé.
Ah ! la mer
Est entrée dans mon coeur !
En un jour,
J'ai vécu mille étés,
O, Ami,
Je découvre en toi mon visage,
Le visage de mon Bien-Aimé.
Tel est le chant de mon amour.
J.KRISHNAMURTI.