Un regard plus spirituel
14 Juillet 2014
Se considérant comme parfaitement indigne, incapable, non préparé, C.R.C. ne sait plus que faire. A bout de forces, il s'endort et, pendant son sommeil, il fait un rêve qui lui explique clairement sa situation.
Il lui semble se trouver, avec beaucoup d'autres, dans la tour d'une prison obscure, lourdement chargé de chaînes. Pas le moindre rayon de lumière n'y pénètre et les prisonniers grouillent comme un essaim d'abeilles.
Chacun tente de s'élever au-dessus des autres, quand leurs chaînes ou leurs fers sont un tant soit peu plus légers. Personne n'y voit rien, tout est ténèbres.
Les prisonniers ne peuvent se rendre compte de la lutte que par l'ouïe et le toucher.
Aucun n'a d'ailleurs beaucoup d'avantage comme une grappe de raisin, comme un essaim d'abeilles.
Un chaos grouillant d'individus égocentriques.
Tous, sont, fondamentalement, structurellement et sensoriellement, dans la même situation.
Cette foule qui se bat est composée d'entités possédant un atome-étincelle d'Esprit, et C.R.C. en fait partie.
Tous ressentent leur extrême misère, c'est chose certaine; et tous essaient de s'approprier une meilleure place.
Ils sont plongés dans les ténèbres parce qu'ils ne voient pas les causes de leur misère.
Ils perçoivent leur misère, mais n'en savent pas l'origine; c'est pourquoi ils se querellent et s'accusent les uns les autres violemment.
Vous savez tous combien cette description de la réalité est exacte et complète. Dans ce monde, on pourrait aligner à perte de vue les mouvements, les groupes et les églises qui s'adressent les reproches les plus virulents et tentent de s'approprier la place la plus élevée.
Une telle place se définit du point de vue économique, social, politique ou religieux, et s'évalue d'après le nombre d'adhérents.
Mais la réalité, c'est que cette foule grouille dans le trou du cachot et non pas en dehors!
En d'autres mots : la condition est la même, pour tous, quoi qu'ils fassent.
Cependant, personne ne le voit en raison de l'obscurité: et la lutte continue indéfiniment entre les hommes qui, à ce moment précis, sont dans l'état de C.R.C., sans parler des autres.
Soudain, la situation change. Tandis que tout le monde se traite d'aveugle et de forçat, la sonnerie de nombreuses trompettes et des coups de timbales retentissent.
Mais la lutte ne change pas. Tous ces gents pleins d'angoisse continuent d'agir de la même manière. La lutte, cependant, provoque de l'épuisement et, malgré le côté négatif, une sorte de purification, une sorte d'anémie. Le sang perd quelque chose de son ardeur, et un homme anémié gagne de la sensibilité.
La personnalité obtient quelque réceptivité à un autre champ magnétique.
Il ne s'agit, ici, ni de mérite ni de compréhension, mais d'une conséquence de la lutte.
Celui qui obtient quelque perception des radiations gnostiques n'est ni changé ni élevé, mais juste sensibilisé par les circonstances de la vie dialectique.
Ensuite, au moment où les trompettes retentissent, le couvercle de la tour est soulevé, ce qui fait tomber un peu de lumière à l'intérieur.
La sensibilité croît en même temps que l'épuisement: elle se transforme en sensibilité à la nouvelle Lumière, se traduisant par un désir du sang, une exaspération du sang; dans cette Lumière on voit mieux que jamais auparavant l'état où l'on se trouve.
Etre sensible au Tout Autre n'a pas pour cause une perfection quelconque, mais l'épuisement : non pas un changement de l'être, mais une sorte d'anémie: la cause n'est pas non plus une franc-maçonnerie personnelle, puisque tous ces prisonniers sont encore solidement enchaînés.
Et voilà que, dans cette situation, se développe sans cesse la possibilité d'être secouru, en dehors de tout mérite personnel.
Ne vous leurrez pas en ce domaine : nul n'est meilleur que d'autre, personne n'est bon, pas même un. Quelle consolation, pour C.R.C., tourmenté par sa propre imperfection après avoir reçu le sceau de la Fraternité!
Il n'y a personne qui puisse faire partie de l'Ordre sur la base de ses propres mérites.
"Tous s'en sont éloignés", dit l'Ecriture Sainte. Personne ne doit éprouver de sentiment d'infériorité.
L'action de la Fraternité universelle consiste à faire descendre une corde. Et cela à sept reprises.
A chaque période d'épuisement de l'humanité, la Fraternité salvatrice éxécute ce travail septuple, qui s'exprime, en outre, par la création d'une Ecole Spirituelle.
Et le résultat d'une telle activité, c'est naturellement de déclencher de nouvelles luttes, qui font rage, des plus monstrueuses aux plus ignobles.
Les porteurs de boutons de rose, frappés, brisés dans leur moi, épuisés, anémiés, sont peut-être les plus grands pêcheurs, jusque-là leur lutte ne diffère des combats ordinaires que dans la mesure où ils ne la mènent pas à des fins dialectiques, mais pour se libérer, dans quelque sens que ce soit.
Ceux qui ont reçu le sceau de l'Ordre n'ont donc pas le moindre mérite dont ils puissent se vanter.
Ils reçoivent le grand et merveilleux privilège de suivre le chemin de la vraie délivrance.
Le sceau est une preuve d'admission, non par le mérite mais par la grâce.
Bien qu'il ne soit pas le signe d'une élévation, le sceau de l'Ordre est effectivement la preuve d'une séparation, d'un affranchissement de la nature dialectique.
Sur cette base, l'élève peut commencer le Grand Oeuvre.
Les Noce Alchimiques de Christian Rose-Croix, Jan van Rijckenborgh
A suivre La corde salvatrice.