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Regards et Partage...

Un regard plus spirituel

Publié par Pierre sur
Publié dans : #regard sur un film
L’odyssée de Pi ou l’épopée de la divinisation de l’homme

L’odyssée de Pi est à première vue une histoire merveilleuse pleine d’imagination qui relate le récit d’un adolescent perdu en pleine mer suite au naufrage du cargo sur lequel sa famille avait embarqué. Mais dès les premières images, le film confronte le spectateur à des considérations d’ordre religieux, moral et spirituel. Cette omniprésence des choses divines, tout au long du film, pousse le spectateur à chercher une interprétation qui dépasse la dimension de simple divertissement. C’est sous ce prisme que nous aimerions livrer quelques clés d’interprétation qui font surgir une cohérence qui va bien au-delà de la structure narrative. Cela nous fait dire que ce film n'est autre qu’une nouvelle métaphore de l’épopée que l'homme doit entreprendre afin de libérer pleinement le potentiel spirituel qui est enfoui en lui. Même si le film propose un va et vient entre réalité et fiction, nous aborderons le récit comme un seul et même espace de sens. Aussi, nous nous pencherons sur la formation du jeune Pi, ensuite nous analyserons l’odyssée sur l’océan entrepris bien malgré lui par le héros et enfin ce sera au tour du troisième espace narratif, l’ultime message délivré par Pi adulte au canada.

Le film ne raconte pas la vie de Pi de façon chronologique. C’est le héros lui-même qui parle de sa vie passé. Mais on se rend compte, à la fin du film, qu’il n’hésite pas à introduire des éléments imaginaires afin de servir son véritable but : donner du sens. Aussi, la formation que Pi reçoit durant son enfance relève plus du mythe, de la légende que de la réalité. Le film ouvre ses premières scènes sur le zoo dans lequel l’enfant grandit et dont le propriétaire n’est autre que le père. Mais, étrangement, les images évoquent plus le jardin d’Eden, lieu originel du premier homme Adam, père de l'humanité, que d’un simple zoo. Cette évocation a une forte coloration biblique qui donne le ton à la narration. Pi est élevé en Inde, grand royaume d’orient, dans un zoo mythique. Ce ne sera pas la seule évocation à la genèse puisque plus tard dans le récit, le jeune héros compare son départ du zoo à l’Arche de Noé. Évocation prémonitoire.

L’enfance du petit indien se déroule dans le cadre culturel et religieux de l’hindouisme. Mais, accidentellement, Pi va rencontrer le christianisme. L’émerveillement qui en découle va le pousser à poursuivre sa recherche du phénomène religieux en explorant l’islam. Aussi, très vite, Pi intègre une forme de syncrétisme des trois grandes religions. Il va au-delà des formes exotériques des institutions religieuses afin d’en retirer les éléments fondateurs. Mais sa formation sera complétée grâce à l’introduction des principes de la raison qui permettent d’équilibrer la tendance religieuse. C’est, donc, par l’entremise de son père que le jeune Pi sera sensible aux vertus de la raison. Pour parachever cette formation, Pi recevra une éducation artistique. Sensible à la musique, il jouera du tambour indien. C'est par l'art, comme moyen pour servir le divin, qu'il rencontrera l'amour.

Son éducation ainsi achevée, l’odyssée(1) du héros peut commencer(2).

 

L'aventure débute lorsque la famille de Pi embarque sur le cargo qui doit les emmener au Canada.

Arrêtons-nous un instant sur la direction de ce voyage : toujours plus à l’Est. Il part de l’Inde, l’orient direction du soleil levant, symbole de l'homme solaire, spirituel, et se dirige vers le Mexique, l’Amérique latine, le continent de l’Eldorado, de l’or, soleil incarné. C’est un véritable périple du divin qui est offert au héros.

L’odyssée de Pi ou l’épopée de la divinisation de l’homme

Laissons, maintenant, de coté le naufrage, la tempête, que nous traiterons ultérieurement et qui bouleverse le voyage initial et la vie de Pi. Projetons-nous sur l’embarcation de survie dans laquelle Pi va passer la majeure partie de son voyage. Après le naufrage du navire, Pi se retrouve avec quatre animaux dans l'embarcation : La hyène, le zèbre, le chimpanzé, le tigre. Le film nous donne les clés d’interprétation comme étant le symbole d’archétypes humains. Après de tragiques affrontements, il ne reste plus que le tigre et Pi. Or, le film précise que le tigre et Pi sont la même personne. La cohabitation de ces deux êtres semble impossible et Pi est obligé d’imaginer un radeau sommaire de survie, hors de l'embarcation, relié a cette dernière par une corde. Le canoë est entièrement dominé par le tigre. Dans la symbologie, la barque secoué par la tempête a souvent représenté l'homme malmené par la vie. Le film détaille cette métaphore. En effet, la barque est neutre et représente la personnalité(3) qui est l'espace qui recueille le principe animateur, la conscience. Ici, deux consciences cohabitent. Il s'y trouve la conscience animale, naturelle représentée par le tigre et la conscience humaine dont l’intérêt spirituel est perçu comme un principe incontournable de la vie. Cette double nature qui coexiste dans la personnalité crée le conflit auquel on assiste. N'ayant pas encore pu dompter l'aspect naturel, animal, l'homme conscience en devenir spirituel doit s'exiler de la barque mais garde un lien tenu avec la barque, car sans elle il se sait perdu.

« Il doit croître et je dois diminuer »

Cette citation biblique de Jean le Baptiste est formidablement illustré dans le film. En effet, pour que les principes spirituels puissent s'imposer comme guide, la conscience naturel et la conscience humaine égocentrique doivent disparaître. Ce processus se présente en deux temps dans le film. Tout d'abord c'est l'aspect homme moi, mais a vocation spirituelle, qui cherche a dompter sa nature animale, biologique afin de reprendre pied dans la barque. Cette étape permet une cohabitation fragile mais possible des deux aspect humains dans la personnalité/barque. Cette étape, permet au système de contempler les manifestations du divin dans son environnement (le ciel, les poissons, etc...) Enfin, la seconde étape et l'acceptation de l'homme de laisser la place au divin en lui laissant le gouvernail de sa vie et d'en prendre les rênes. Pi interpelle Dieu en lui demandant : « Qu'attends tu de moi ? ». On établit un lien étroit avec la citation biblique « que ta volonté soit faite et non la mienne ». Pi bascule de la contemplation du divin, il découvre merveilles sur merveilles(4), vers la perception de l'intervention de Dieu dans sa vie comme guide de son existence(5). Les forces animatrices égocentriques qui lui ont permis de surmonter le naufrage sont écartées et laissent une place libre pour la conscience âme/esprit. Quant à la dimension naturelle, elle est totalement exsangue. En effet, le tigre est entre la vie et la mort et Pi est épuisé. Il est d'ailleurs intéressant de noter comme la vision hiérarchise des consciences (conscience naturel, conscience humaine puis conscience spirituelle) implique une responsabilité vis à vis de la conscience inférieure. Pi prend soin du tigre jusqu'au bout car il sait que sa vie dépend de la présence du tigre qui le stimule. Mais Pi est, à son tour, pris en charge par le destin divin. Cette vision s'apparente avec l'idée originelle des caste indienne en s'appuyant sur la capacité a assumer une responsabilité collective toujours plus vaste(6). Aussi, voit-on Pi qui apporte de l'eau douce pour désaltérer le tigre, puis du poisson pour le nourrir et enfin du réconfort tant l'épuisement est grand. Il en est de même de la Vie qui est l'expression de l'intervention divine dans ce monde et qui aide Pi a survivre durant ce périple en lui donnant la nourriture, l'eau et le réconfort dont il a besoin. C'est ainsi qu'il interprète son séjour sur l'île carnivore qui lui offre malgré tout un asile salutaire bien qu'éphémère.

L’odyssée de Pi ou l’épopée de la divinisation de l’homme

Il est nécessaire, maintenant, d'analyser le rôle et la signification des tempêtes. Celles-ci causent toujours une rupture avec la réalité précédente. Lors du naufrage Pi, en perdant sa famille et le lieu sûr du cargo, est l’équilibre de son univers et qui contribue à sa pérennité. Tout s'écroule mais il survie et se retrouve avec lui-même et sa double nature. C'est une étape importante car elle permet d'entamer un processus de spiritualisation de son système. Puis, lors de la seconde tempête, ceux sont les vivres et l'eau qu'il perd. Il ne peut plus assumer sa survie. Il est obligé de s'en remettre totalement au divin. Ces tempêtes permettent par un dépouillement graduel de la conscience naturelle une révélation du spirituelle en lui. Les tempêtes interviennent lorsque le système de la conscience humaine est arrivé à une limite et qu'il ne peut de lui-même effectuer une purification qui va au delà de ses possibilités. Elles sont donc une intervention du destin qui marque des étapes de conscience et ouvre sur une nouvelle possibilité de développement.

L’odyssée de Pi ou l’épopée de la divinisation de l’homme

Cette odyssée marque bien l’émergence et l'implantation de la conscience divine dans le système naturel égocentrique. Il y a une spiritualisation de la création qui prend part aux mystères spirituels.

L'odyssée achevé, le troisième espace narratif prend tout son sens. Il est l'espace de la connaissance. Il sait, pour l'avoir vécu, la signification de cet odyssée et ce qu'il implique intérieurement. C'est lui qui offre toutes les clés d’interprétation de cette aventure épique. Il propulse cette histoire dans le domaine du mythe en en faisant une métaphore de la quête spirituelle de l'homme. Il fait de sa propre aventure un canevas universel d'apprentissage. C'est une méta histoire qui touche toute la manifestation entière. Son odyssée devient une réactualisation des mythes religieux. C'est ce qu'il propose au spectateur avec la dialogue final entre Pi et l'écrivain :

Pi- Quel Histoire préférez-vous ? (entre l'histoire réelle et fictionnelle du tigre)

Ecrivain- La fiction.

Pi- Il en est de même de Dieu.(7)

Cette affirmation fait basculer tous les récit religieux tel que la Bible, le Mahabarata, la vie de Jésus, telle quelle est rapportée, ou celle de Bouddha dans le domaine de la fiction. L'histoire même de Dieu comme représentation imagée et imaginée par les institutions religieuses recouvre également la dimension mythique. Ils deviennent tous des récit épiques et merveilleux fait d'apparitions magiques et de miracles afin de sensibiliser, de stimuler, d’éveiller et d'accompagner l'homme dans sa véritable quête, celle de Dieu.

Son odyssée tout comme les grands mythes fondateurs ne peuvent s'affirmer comme des réalités passées mais bien comme des modèles symboliques d'une quête bien réelle qui doit être mener à son terme par l'être humain.

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(1) Périple aventureux initiatique qui révèle les véritables qualités du héros (Ulysse dans l’Iliade)

(2) Si on élude l’analyse du prénom Pi, dont le caractère mathématique est explicitement exprimé dans le film, ce n’est pas par désintérêt mais cela est plutôt dû à une surabondance d’interprétations qu’il implique.

(3) Personnalité vient de « personare » qui veut dire résonner a travers.

(4) On pense à la scène de nuit ou Pi decouvre la mer phosphorescente et lors de la deuxième tempête il voit les cieux s'ouvrir.

(5) Il remercie Dieu de lui pourvoir la nourriture nécessaire a sa survie (le poisson). Il remercie Dieu de lui avoir offert un repos temporaire en découvrant l’île carnivore.

(6) les brâhmanes (brāhmaṇa, ब्राह्मण, lié au sacré), prêtres, enseignants et professeurs ; les kshatriya (kṣatriya, क्षत्रिय, qui a le pouvoir temporel, aussi - râjanya), roi, princes, administrateurs et soldats ; les vaishya (vaiśya, वैश्य, lié au clan, aussi - ârya), artisans, commerçants, hommes d'affaires, agriculteurs et bergers ; les sudra (śūdra, शूद्र, serviteur), serviteurs.

(7) Ce dialogue n'est pas la réplique exact du film car il est retranscrit de mémoire. Mais au delà des mot c'est bien le sens qui nous intéresse et qui est ici rapporté.

Bande-annonce de l'Odyssée de PI en VF HD

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“Nous sommes nombreux à avoir un regard différent, disons plus spirituel sur notre monde. Ce blog se veut un essai pour communiquer cette vision plus sereine et conforme à l’essence de l’être humain.”

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