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Regards et Partage...

Un regard plus spirituel

Le premier jour, La corde salvatrice.

Le premier jour, La corde salvatrice.

Or il en alla tout autrement. En effet, les seigneurs qui nous regardaient d'en haut, par l'ouverture de la tour, s'étant quelque peu divertis de nos gémissements et frétillements, un vieillard aux cheveux blancs nous ordonna de nous tenir tranquilles. Dès que nous eûmes obéi, il prononça les paroles suivantes, pour autant que je m'en souvienne :


Si seulement le genre humain n'avait pas visé trop haut,
il aurait reçu de grands biens, par la justice de ma Mère.
Puisqu'il n'en fait qu'à sa tête, il reste dans de grands tourments, et prisonnier de la nuit.
Or ma Mère bien-aimée ne veut pas voir qu'il a dévié.
Elle fait briller dans la Lumière les splendeurs de ses richesses;
pourtant cela n'arrive que rarement, afin d'en montrer la réalité, sinon on n'y verrait qu'illusion.
En l'honneur de la fête, célébrée aujourd'hui, pour lui rendre mieux grâce, une bonne oeuvre sera accomplie:
une corde sera maintenant descendue.
Qui s'y ac
crochera, la liberté retrouvera.


Dès qu'il eut prononcé ces paroles, la vieille Dame ordonna à ses serviteurs de faire descendre sept fois la corde dans la tour et de remonter ceux qui y resteraient accrochés.

Dieu me permette de décrire en détail l'agitation qui nous saisit:
chacun voulait s'emparer de la corde et, par là même, empêchait les autres d'en faire autant. Cependant, sept minutes s'étant écoulées, une clochette donna un signal:

les serviteurs hissèrent alors quatre personnes cette première fois. Perché sur une pierre contre la paroi de la tour, pour mon plus grand malheur, comme je l'ai déjà dit, j 'étais dans l'impossibilité de m'approcher de la corde, qui pendait au milieu, hors de ma portée.
On redescendit la corde une deuxième fois. Mais les chaînes de la plupart étaient trop lourdes et leurs mains trop faibles pour s'y tenir accrochés, de sorte qu'en tombant ils entraînaient beaucoup de ceux qui auraient peut-être pu s'y cramponner. Plus d'un, oui, furent décrochés par d'autres qui n'étaient pas parvenus à se hisser, tant nous étions envieux les uns des autres dans notre grande misère. Mais j'avais surtout pitié de ceux dont le poids était si grand qu'ils eurent
les mains arrachées et ne purent donc pas remonter.
Ainsi advint-il que, les cinq premières fois, un petit nombre seulement fut ramené. En effet, le signal sitôt donné, les serviteurs halaient la corde si vite que la plupart retombaient les uns sur les autres. La cinquième fois, d'ailleurs, la corde remonta à vide. Aussi la majorité d'entre nous, dont j'étais, commencions à désespérer d'être délivrés et implorions Dieu d'avoir pitié de nous et de nous libérer de ces ténèbres;
sur quoi, quelques-uns furent exaucés . Car, lorsque la corde redescendit pour la sixième fois, plusieurs s'y agrippèrent fermement et, lorsqu'elle se balança en remontant, elle s'approcha aussi de moi, sans doute par la volonté divine.
En hâte, je la saisis, de sorte que je me trouvai au-dessus de tous les autres et qu'ainsi, contre toute attente, je sortis enfin de la tour. Mon bonheur était si grand que je ne sentis pas la blessure qu'une pierre pointue m'avait faite à la tête, dans la remontée, avant d'avoir aidé à hisser la corde pour la septième et dernière fois (comme cela s'était fait toutes les fois précédentes). L'effort fit couler le sang sur mes vêtements mais, dans ma joie, je ne m'en aperçus point.
Lorsqu'on remonta la corde pour la dernière fois, le plus grand nombre y était enfin accrochés; alors la vieille Dame la fit emporter et enjoignit à son fils, un homme d'un grand âge
(ce qui m'étonna beaucoup) d'envoyer un message aux autres prisonniers. Après un instant de réflexion, il dit ces mots:
Chers enfants ici rassemblés, ce qui était prévu depuis longtemps, est enfin accompli,
et, par la Grâce de ma Mère, accordé à vos amis.
Ne soyez pas envieux de leur sort, un temps heureux va bientôt commencer, où tous les hommes seront égaux, et où il n'y aura plus ni pauvres ni riches.
Celui dont on exige beaucoup, devra beauco
up oeuvrer;

Celui à qui il est confié beaucoup, devra montrer qu'il construit.
Laissez donc là vos lamentations:
il n'y en a plus que pour lo
ngtemps!


Ces paroles prononcées, le couvercle fut remis sur le puits et verrouillé, tandis que retentissaient à nouveau trompettes et timbales. Mais le son des instruments n'était pas assez puissant pour couvrir les lamentations des prisonniers de la tour, ce qui me fit venir les larmes aux yeux. Peu après, la Vieille Dame s'assit avec son fils sur des sièges disposés à et effet et ordonna de compter les délivrés. Après avoir pris connaissance de leur nombre, elle l ' inscrivit sur une tablette jaune d'or et demanda le nom de chacun d'entre nous, qu'un page nota également. Puis elle nous regarda les uns après les autres et soupira en disant à son fils, de telle sorte que je
pusse l'entendre clairement:
“ Ah ! que j ' ai pitié des pauvres gens de la tour. Plût à Dieu que j'eusse réussi à les délivrer tous !' Son fils répondit alors: 'Mère, Dieu en a disposé ainsi et nous ne saurions nous y opposer. Si nous étions tous des Seigneurs, possédant tous les biens de la terre, et étions assis à table,
qui nous servirait le repas?” Après quoi la Mère se tut; mais elle reprit bientôt: “ Délivrons donc ces gens de leurs fers”, ce qui fut fait à l'instant. J'étais presque le dernier de la file et, à la différence des autres, je ne pus me retenir de faire une révérence à la Vieille Dame, et de remercier Dieu qui, par son intermédiaire, avait bien voulu, dans sa grâce paternelle, me porter des ténèbres à la lumière. D'autres suivirent mon exemple et s'inclinèrent devant la Vieille Dame. Enfin chacun se vit remettre, comme viatique, une médaille commémorative en or, où étaient gravés, d'un côté, le Soleil levant et, de l'autre - pour autant que je m'en souvienne - les trois lettres D L S (Deus Lux Solis: Dieu, Lumière du Soleil).
Chacun put ensuite prendre congé, retourner à ses occupations, avec cette mission: servir son prochain pour la gloire de Dieu et taire ce qui lui avait été confié. Nous en fîmes la promesse et nous séparâmes. A cause des blessures causées par mes fers, je n'avançais qu'avec
peine et boitais des deux jambes. La Vieille Dame le remarqua aussitôt, se mit à rire, m'appela près d'elle et me dit: “ Mon fils, ne t'afflige pas de ton infirmité, mais souviens-toi de tes faiblesses et remercie Dieu de te permettre d' avoir part, déjà en ce monde et malgré ton imperfection, à une Lumière si élevée; garde ces blessures pour l'amour de moi.”
A ce moment, la sonnerie de trompettes retentit à nouveau, ce qui m'effraya au point de me réveiller. Alors seulement je m'aperçus que tout n'avait été qu'un rêve, mais il était si
profondément gravé dans ma conscience qu ' il continuait à me.préoccuper et que j'avais l'impression de sentir encore les blessures de mes pieds. Quoi qu'il en soit, je comprenais bien que Dieu me donnait d'assister à la célébration de Noces secrètes et mystérieuses; aussi, avec
une confiance enfantine, je remerciai Sa Divine Majesté, la priant de me garder continuellement dans le respect que j'avais pour Elle, de combler journellement mon coeur de sagesse et de compréhension et de le guider, par Sa Grâce, jusqu'au But souhaité, sans mérite aucun de ma part.

A suivre, l'analyse de ce chapitre par Jan van Rijckenborgh.

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